Ciel Ether
Ca fait dix ans ton visage sorti d’ma vie dis moi ça fuse • Les mois ricochent douze fois l’même cirque les saisons m’usent • J’ai misé sur le temps on dit toujours ça • Mais ici y’a qu’les beaux jours qui fassent injure aux bonjours fades • Treize années d’Cocody à Kin • Et c’est comme ça qu’t’as cru pourvoir m’chasser par huit heures passées dans un UTA • Mais où t’as vu qu’on atterrit à Roissy en oubliant tout • Je reste souriant car mes racines sont mes plus gros atouts
Enfin la France et c’trajet morne que je noie dans l’encrier • Pas un pas sur ton sol en neuf calendriers • Enfin soulagé un vol Corsair mène à Dakar • Et j’attends mes bagages pendant deux heures j’avais presque oublié • Les gars ont rien et donnent tout • Héros à zéro plainte, quatre murs et un seau d’eau • Pour accéder aux plats et aux palabres y’a pas d’sonnette, à peine une porte, y’a des cloisons qu’les effets du passage rendent obsolètes • Bon ok je vais pas te faire un catalogue • Juste étaler ces doutes qui font d’mes heures perdues un monologue • Un bon pour qu’abondent les stages de quinine • Mon kiné m’bassine il m’dit qu’j’ai pourtant pas la peau pour • Il m’dit trop pâle pour y vivre • Toubab une proie facile et l’soleil un poison, ben voyons • Peur qu’les rayons qu’il délivre infiltrent mes tissus bêtement • Mais l’cancer s’arrête aux fibres, l’élixir est mon vêtement
Sankhare, Diop, Cissé…
Pas d’accès aux vaccins les plaies géantes se soignent à l’éosine • Cinq heures de vol et tout s’oppose même les consignes sanitaires • Mais t’inquiètes ça libère des fonds salutaires pour tes bobos et tes caries • On a l’manque de ceux qui partent • Marre de ceux qui ratent la marche • Ça marque à vie rétorque avec un flow qui claque • La mort s’déplace et sa fauche saque les bambines, Coumba Diop…
Ventre noué par un 27ème thé • Ultime périple avant kérosène dealé au centième • J’ai pas envie de rentrer • Mais l’idée germe et atteint son terme avant d’éventrer • J’suis prêt à tout maintenant esquivé c’putain de garde à vous • Eviter tous les imprévus pour être auprès d’vous • Le toubib manque il paraît, le courant s’coupe toujours ? • De Ngor à Paris j’garde en moi la famille Sankhare
Sankhare, Diop, Cissé…
Crazy (passage à 2’05)
Pas besoin d’être vieux pour avoir peur du temps • Mes gestes percutent l’instantané • Je vis d’heures creuses et d’moments forts en permutant • Seul au milieu du grand ballet • Si tu savais c’que j’peux gueuler dans mon palais d’hermite • Faudrait que j’crève cette bulle tant qu’mes artères palpitent • Pour que j’atteigne un but mais qu’il s’intercale vite • Car c’est la pendule qui m’abrite et qui arbitre • Comme un messager, comme un guide dans mes passages à vide
Début d’siècle et pas dans mon assiette ces mois où privé d’salaire j’ai pas l’air bien • J’répète en vain qu’la vie est courte et qu’ma course en a tout l’air • Pour qu’enfin j’m’applique à jouer des coudes à 25 piges et des poussières • Un lent vertige au compte goutte il est temps d’changer d’méridien • Quand la fausse route est ma banqueroute au quotidien • Si trop d’choix décoiffent puis déçoivent • J’me dois d’y croire pour l’espoir quit à boire la tasse pour étancher ma soif
Chez moi l’dilemme est constant • Je sais mais j’fais pas • Panne sèche en haut d’la pente et j’dévale • La vie défile tranquille et déploie son éventail de mutations • A la fin c’est bien beau l’attente mais j’m’empale • On d’vient si vite un souv’nir • Mat ou brillant sur un mur et sous une punaise • J’crois aux traces mais pas aux dires qui placent • Les loyaux dans l’paradisiaque et les impurs à la fournaise
Design pochette : elle’mostikart